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Roissy en transition : les coulisses du pari hydrogène du premier aéroport français

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Roissy en transition : les coulisses du pari hydrogène du premier aéroport français

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Derrière les halls de départ et les écrans d'affichage, une autre révolution est à l'œuvre à Paris-Charles-de-Gaulle. Le plus grand aéroport français, qui a accueilli plus de 70 millions de passagers avant la crise sanitaire, s'est fixé un objectif que ses détracteurs jugent irréaliste : le zéro émission nette à l'horizon 2035 pour l'ensemble de ses opérations. Un engagement qui mobilise désormais les équipes d'ADP bien au-delà des simples déclarations d'intention.

L'hydrogène, colonne vertébrale du plan de décarbonation

Au nord de la plateforme, à proximité de la zone de fret, les premières infrastructures dédiées à l'hydrogène prennent forme. Le groupe aéroportuaire a rejoint le consortium Hype, aux côtés d'Airbus et de plusieurs acteurs de l'énergie, pour préparer l'arrivée des avions à hydrogène attendus à l'horizon 2035. L'enjeu est de taille : stocker, distribuer et sécuriser un vecteur énergétique qui exige des températures de -253 °C sous forme liquide.

Les études de faisabilité, financées en partie par le plan de relance, portent sur la construction d'une station de distribution capable d'alimenter d'abord les véhicules terrestres, puis les futurs avions à hydrogène. « Nous ne pouvons pas attendre que l'avion existe pour bâtir la station », résume un cadre du groupe. Une approche séquentielle qui suppose d'anticiper des normes de sécurité encore en cours d'élaboration à l'échelle européenne.

Électrifier les passerelles, réduire les moteurs aux arrêts

Plus discret mais tout aussi structurant : le programme d'électrification des passerelles d'embarquement. Chaque avion immobilisé au terminal consomme traditionnellement du kérosène pour alimenter ses systèmes au sol et faire tourner sa climatisation. Les passerelles pré-équipées et les groupes électrogènes mobiles permettent désormais de couper les moteurs dès l'atterrissage.

Fin 2024, une part croissante des positions de stationnement de Roissy disposait de ces équipements. L'objectif affiché par ADP est une couverture quasi intégrale des postes de stationnement contact. La réduction associée des émissions de CO2 et d'oxydes d'azote au niveau du tarmac est mesurable : plusieurs centaines de milliers de tonnes sur la décennie, selon les estimations internes du groupe.

Un système énergétique piloté par la donnée

Troisième pilier du plan : la gestion intelligente de l'énergie. Le système SIRIUS, développé avec des partenaires industriels français, centralise en temps réel les données de consommation des terminaux, des pistes et des bâtiments annexes. L'algorithme arbitre en continu entre les batteries stationnaires, le raccordement au réseau et les sources renouvelables injectées localement.

Le site dispose déjà d'installations solaires au sol et de chauffe-eau solaires, avec un objectif affiché de production photovoltaïque substantielle à moyen terme. Cette optimisation logicielle, invisible pour le voyageur, permettrait de réduire significativement la facture énergétique et l'empreinte carbone des bâtiments, dans un contexte où les terminaux de Roissy sont de véritables petites villes avec leurs exigences propres.

Les obstacles réglementaires, talon d'Achille du calendrier

Reste la question du droit. La construction d'installations hydrogène, l'extension des réseaux électriques et l'implantation de parcs solaires se heurtent à des procédures d'autorisation longues et à des réglementations de sécurité aérienne strictes. Les normes européennes applicables à l'avitaillement en hydrogène d'un avion commercial ne sont pas encore finalisées, ce qui place les aéroportuaires devant un dilemme : investir maintenant sur des hypothèses normatives, ou attendre et risquer le retard.

S'y ajoutent les contraintes d'urbanisme propres à une plateforme contrainte par le voisinage urbain et les limitations de servitude aéronautique. Les oppositions locales, notamment sur les projets d'infrastructure à grande échelle, rappellent que la transition énergétique d'un aéroport ne se décrète pas uniquement depuis une salle de réunion.

Une ambition sous surveillance

Les associations environnementales restent sceptiques et rappellent que l'essentiel des émissions d'un vol provient du trafic aérien lui-même, et non des opérations au sol. La décarbonation d'un aéroport n'a de sens, rétorquent les industriels, qu'accompagnée de celle des avions et des carburants durables — un débat que les colonnes d'AéroPresse ont déjà largement exploré.

Quoi qu'il en soit, Roissy-CDG avance. Les maquettes présentées lors des derniers salons professionnels prendront-elles forme sur le tarmac dans les délais annoncés ? Le calendrier, dense et ambitieux, laissera peu de place à l'imprévu. Mais la direction du groupe aéroportuaire assume un positionnement de pionnier : faire de la plateforme francilienne la référence mondiale en matière d'aviation décarbonée, quitte à prendre des risques techniques et financiers que d'autres acteurs internationaux préfèrent encore éviter.

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