Entre les deux
moteurs droits, au niveau du réservoir n°2, de
la fumée et une flamme bleue sortent d'un trou assez
large pour laisser passer un homme.
Le
feu se propage aux autres réservoirs, toute l'aile
droite est bientôt la proie des flammes. Don Cheney,
le pilote canadien du bombardier, donne l'ordre d'évacuer
l'appareil. Resté seul avec Reg Pool, Don Cheney
fait plusieurs fois le va et vient entre les commandes et
son camarade, l'aidant à boucler son parachute et
à gagner la trappe d'évacuation de l'appareil,
avant de sauter à son tour. Le bombardier en feu,
traînant derrière lui un panache de fumée,
tombe lentement en vrille dans la baie de Douarnenez.
Au bout d'une heure dans l'eau, Don Cheney est recueilli
par des pêcheurs de Douarnenez et débarqué
au port de pêche. La situation à Douarnenez
est alors assez confuse. Depuis la veille, les F.F.I. locaux
contrôlent la ville, excepté la Kommandantur
de Ploaré où s'est retranchée une partie
de la garnison allemande. Le 5 août, en milieu de
journée, l'arrivée d'une compagnie de Nord-Caucasiens
remet en cause l'accord de de retrait conclu avec les Allemands
restant à Douarnenez. Finalement, après de
nouvelles négociations, les F.F.I. acceptent de rendre
les armes prises la veille et de libérer leurs prisonniers
pour 15h00. En contrepartie, les Français aux mains
des troupes d'occupation seront relachés à
leur tour et celles-ci quitteront Douarnenez. Le pilote
canadien est caché chez Aristide Québriac,
administrateur des affaires maritimes et un des chefs de
la résistance douarneniste. Le 6 août, la situation
est tendue à Douarnenez. Après un incident,
les Allemands menacent de détruire la ville. Finalement,
les troupes d'occupation se retirent vers la presqu'île
de Crozon le 8 août en fin de soirée. Pendant
ces événements, Don Cheney, doté par
la mairie d'une fausse carte d'identité qui fait
de lui un Français nommé Henri Chenier, reste
caché au domicile des Québriac.
Le 7 août, il est conduit discrètement à
la morgue de l'hôpital afin d'identifier le corps
d'un des membres de son équipage. Il s'agit de Reg
Pool qui avait été repêché dans
la baie deux jours plus tôt. Le 11 août, la
population de Douarnenez fait des funérailles magnifiques
au radio du Dark Victor. De sa fenêtre, Don Cheney
peut voir une foule nombreuse suivre le cercueil. Le 16
août, le corps de Roy Welch est découvert sur
la côte. Un retour des Allemands n'étant plus
à craindre, Don Cheney peut assister à l'enterrement
de son camarade. Parmi les Douarnenistes présents,
nombreux sont ceux qui tiennent à l'assurer de leur
sympathie. A la fin du mois d'août 1944, le corps
de William N. Wait, mitrailleur arrière, est retrouvé
sur une plage près de Douarnenez.
Le 22 août, Don Cheney est conduit à Quimper,
puis à Saint-Brieuc. Il se débrouille ensuite
pour regagner l'Angleterre via Rennes et Bayeux. Un avion
le transporte jusqu'à un aérodrome près
de Londre le 29 août 1944. Qu'était devenu
le reste de l'équipage ? Tombé devant la plage
de Sainte-Anne-la-Palud, le bombardier Aneurin Curtis est
capturé par les Allemands et emmené à
Brest, puis transféré dans un camp de prisonniers
dans la presqu'île de Crozon. Il est libéré
par les Américains le 18 septembre. Le mitrailleur
dorsal Ken Porter et le mécanicien navigant Jim Rosher
sont pris en charge par des maquisards qui ont installé
leur quartier général au château de
Trefry, en Quéménéven. Pour les deux
aviateurs qui vont séjourner au château pendant
une dizaine de jours, ce sont presque des vacances. Lorsque
le secteur devient plus sûr, ils ont l'occasion de
se rendre dans des villages des environs escortés
par des F.F.I. où ils sont accueillis en libérateurs.
On les emmène également à Douarnenez
afin qu'ils puisse se recueillir sur la tombe de Reg Pool.
Les fleurs fraîchement coupées qui recouvrent
la tombe montrent aux deux aviateurs la sympathie que la
population témoigne à l'égard de leur
camarade. Le 16 août 1944, Ken Porter et Jim Rosher
sont emmenés à Châteaulin et confiés
à un colonel britannique du Special Air Service.
Celui-ci les conduit à Rennes en jeep, puis ils prennent
place dans un avion américain qui décolle
pour l'Angleterre.
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