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3 - Atterrissage de
fortune en Spitfire

par Claude Hélias & François Cadic
du Conservatoire Aéronautique de Cornouaille


Raid sur la Bretagne

Le 24 mars 1944, à 8h15, six chasseurs Spitfire du 165 Squadron de la Royal Air Force décollent de la base de Predannack, en Cornouailles, pour une opération à basse altitude en Bretagne. Ils ont pour objectifs les aérodromes de Kerlin-Bastard (aujourd’hui BAN Lann Bihoué) et Vannes-Meucon.

Alors que l’escadrille franchit la côte de Plovan, une mitrailleuse ouvre le feu depuis un blockhaus et touche le Spitfire du Pilot Officer Russel Lewis. Son ailier lui signale qu’une traînée de fumée noire et de glycol (liquide de refroidissement) s’échappe du coté droit du moteur.

« J’ai indiqué par radio que j’allais prendre assez d’altitude pour sauter en parachute, se souvient Russel Lewis. Pendant que l’avion grimpait, j’ai débouclé mon harnais de sécurité afin d’être prêt à sauter. A environ 800 pieds, le moteur a calé et le Spit est brusquement parti en vrille, mais j’ai vite réussi à reprendre le contrôle et à me diriger vers un espace dégagé pour un atterrissage de fortune .»


Atterrissage forcé en Cornouaille

Le pilote australien a le temps d’envoyer un dernier message pour signaler qu’il va tenter de se poser. Le journal des opérations du 165 Squadron indique que son Spitfire a été vu atterrir sur le ventre à environ 12 km au sud-est de Quimper à 9h10 (heure d’été britannique, qui coïncidait avec l’heure allemande).

« Pendant la descente, continue Russel Lewis, j’ai essayé d’arrimer mon harnais à nouveau, mais je n’ai eu le temps que de reboucler la sangle qui passait par dessus mon épaule gauche. A cause de cela, lorsque l’avion s’est brutalement arrêté, le choc m’a fait perdre connaissance et je suis revenu à moi entouré de soldats allemands armés. Des Français m’avaient extrait du cockpit et s’étaient occupés de moi jusqu’à l’arrivée des soldats allemands. »

Le Spitfire MH827 est tombé à proximité des fermes de Neiz Lan et Kernevez, en Saint-Evarzec, à environ 200 mètres au sud de la RN 165. L’avion a touché le sol dans un champ, juste avant un talus qu’il a percuté. Sous le choc, le Spitfire s’est disloqué avant de finir sa course dans le champ se trouvant de l’autre coté du talus.


C’est Jérome Lauden, ancien combattant de la première guerre mondiale où il avait perdu un œil, fermier à Kernevez, qui arrive le premier sur les lieux avec sa fille et son fils. Le Spitfire était passé au ras de leur maison dans un grand bruit. Le pilote est tombé dans un fossé en bordure d’un talus, son parachute s’est ouvert dans les branches d’un arbre. Il veut offrir sa montre à M. Lauden, mais celui-ci refuse.

Pendant ce temps, le chauffeur d’une voiture allemande a demandé à des voisins qui couraient vers le point de chute de l’avion ce qui se passait. Une femme lui a expliqué la situation et il est venu voir. L’allemand a ensuite signalé par radio la chute du Spitfire et la présence du pilote blessé. D’autres Allemands sont ensuite arrivés de Quimper à bord d’un camion. Ils ont proposés à Russel une cigarette, puis ils l’ont aidé à monter dans leur véhicule qui est reparti en direction de Quimper.

Après la capture du pilote par les Allemands, l’épave de son avion a attiré beaucoup de curieux. L’épave a été gardée par les Allemands jusqu’à ce que les morceaux soient chargés dans un camion quelques jours plus tard.


Prisonnier de guerre

Russel Lewis est ensuite transporté dans un cantonnement allemand des environs. « Un médecin a mis des points de suture sur mes blessures. Il m’a dit que j’avais une côte fêlée du coté droit mais qu’elle se remettrait en place naturellement. Puis une voiture m’a transporté jusqu’à un grand hôpital de Paris où les infirmières françaises très sympathiques ont pris soin de moi pendant trois ou quatre jours. De la fenêtre de ma chambre, j’avais une superbe vue sur la tour Eiffel ».C’est en train que Russel Lewis effectue le voyage jusqu’au centre d’interrogatoire de la Luftwaffe situé près de Francfort. « Pendant cinq jours, j’ai été constamment questionné sans presque rien manger. Ils n’ont rien tiré de moi et finalement ils ont laissés tomber. L’arrêt suivant, fut le Stalag Luft 1 pour un bout de temps. »

Russel Lewis passera plus d’un an dans ce camp de prisonniers situé à Barth, sur la côte de la Baltique. Il préfère ne pas évoquer sa captivité qui ne lui a pas laissé de bons souvenirs.

Le camp de Barth est libéré par l’Armée rouge le 1er mai 1945. Quelques jours plus tard, Russel Lewis regagnera l’Angleterre à bord d’une Forteresse Volante.

A son retour en Angleterre, il ne pesait plus que 50kg. Il avait perdu 23kg pendant sa captivité.



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